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Sigrid : la vie côté aidants

novembre 10, 2020
Article rédigé par  
Marina

Sigrid Jaud possède une source de joie de vivre et d’optimiste contagieuse. S’il y a un projet qui lui tient à cœur, c’est bien celui des aidants familiaux, dits aussi “proches aidants”. Elle défend une thématique qui l’a elle-même particulièrement touchée : la conciliation de la vie professionnelle des salariés et l’aide qu’ils apportent au quotidien à leur(s) proches en situation de dépendance (maladie, grand âge, handicap). Sigrid a décidé d’agir, d’apporter à sa manière sa “contribution au monde”, comme on le dit. Cela donne Okoté2.

Sigrid Jaud s’est lancée dans l’entreprenariat pour donner du sens à ce qu’elle a vécu, mais aussi pour tordre le cou et casser le nez à la fatalité. « Une situation vécue aussi douloureuse soit-elle peut être transformée en quelque chose de fort, devenir un moteur afin de ne plus subir mais redevenir acteur de sa vie. Dans toutes choses vécues, il y a forcément du bon, du positif qui en ressort, des ressources que chacun mobilise sans s’en apercevoir pour transcender les plus moments difficiles en trouvant des solutions adaptées. C’est ça que je veux mettre en lumière », dit-elle. Sigrid utilise son expertise personnelle en tant qu’aidante. Elle quitte son employeur spécialisé dans la communication digitale et créé son agence de conseils Okoté2. Elle synthétise son approche d’être aux côtés des aidants et de leurs proches. «Pour la plupart, ce sont des aidantes qui en plus d’aider leur(s) aidé(s) assument en parallèle une activité professionnelle », explique-t-elle. Pour illustrer cette situation, elle a choisi d’incarner l’essence de son entreprise à travers un logo qui représente le visage d’une femme.

De “supers héros” ?
En France, cinq millions d’aidants en travaillent sur les onze millions recensés, pour l’instant. Un chiffre qui va doubler dans dix ans, soit 20% des actifs et peu d’entreprises se saisissent de ce sujet, par méconnaissance, ou parce qu’elles ne savent pas s’y prendre. Parce que ces aidants sont invisibles. Par pudeur. Par crainte d’être stigmatisés ou être jugés peu fiables. Parce que tout à chacun estime que la vie privée n’a pas à se mêler à celle de l’entreprise. Ce silence, cette volonté à vouloir tout concilier, à assumer comme de “supers héros” afin d’avoir la vie d’apparence la plus normale possible, comme tout le monde, ont forcément des répercussions. Cela s’accompagne de fatigue physique et psychologique qui se traduisent par un taux accru d’absentéisme plus important que la moyenne (dix-sept jours supplémentaires en congés maladie) ; et une perte sèche de productivité pour les entreprises (6 milliards d’euros par an).

Des aidants qui s’ignorent
Des constats et des chiffres. Mais derrière, ce sont des femmes et des hommes qui ont ce vécu et parcours particulier qui ne sont pas pris en compte. Des invisibles dans la multitude. Une des raisons : la plupart ne savent pas qu’ils sont aidants ou ne se reconnaissent pas comme tels. « Moi-même, je n’en avais pas conscience lorsque j’accompagnais ma mère qui avait la maladie de Parkinson. Je n’en parlais à personne, par pudeur mais aussi parce que je ne voulais pas être stigmatisée afin qu’on m’implique dans les bons projets. J’estimais que cela ne regardait pas l’entreprise. Sincèrement, je croyais être la seule », se souvient-elle. Sigrid assume comme elle peut, pose des congés à la dernière minute. Jusqu’au jour, où mise au pied du mur, elle doit en parler à son responsable. « J’ai eu de la chance que mes managers aient accueilli la nouvelle avec bienveillance. On fixait des délais supplémentaires quant aux tâches que je devais réaliser. Je gérais au mieux mon temps, du moment que le boulot était fait », explique cette ancienne chef de projet dans le domaine digital.

Mot valise
Sigrid prend conscience qu’elle n’est pas seule à s’occuper d’un proche. Les langues se délient. Selon elle, le terme “aidant” est un mot “valise” qui désigne une réalité bien plus complexe et plurielle. « J’ai apporté mon aide à ma mère de manière spontanée et naturelle sans savoir que je faisais partie des aidants. Je l’ai fait sans me poser de questions, par amour », dit-elle. Vie pro, vie perso, vie d’aidante :  une triple casquette à gérer au quotidien. Forcément, Sigrid en connait un rayon sur le sujet. Pour répondre mieux aux besoins des aidants en activité, Sigrid s’adresse directement aux entreprises en leur apportant des services ciblés. « Certaines grandes entreprises se sont déjà emparées du sujet, ce qui est nettement moins le cas du côté des plus petites », constate-t-elle.

Vers plus de reconnaissance
Dans l’idéal, il s’agit d’accompagner chacun du mieux possible en formant les managers pour les aider à capter les signaux faibles de leurs collaborateurs, en impliquant davantage les ressources humaines pour qu’elles prennent mieux en compte ceux qui sont dans cette situation… «Je suis persuadée que ce qui est mis en place pour les uns en fait bénéficier les autres. Contrairement à ce que l’on peut penser, les solutions sont souvent simples à trouver, surtout en interne. C’est important de montrer la diversité qui existe au sein des entreprises et de la prendre en compte. Ce qui va forcément séduire les nouvelles générations d’actifs, beaucoup plus sensibles à ce type d’approches », assure Sigrid. Son désir est que les aidants puissent bénéficier d’un véritable statut.

Plan A sans plan B
Sigrid a lancé Plan Aidants, le podcast leur donne la parole aux aidants. Son slogan ? "Quand tu es Aidant, tu n'as pas de plan B, tu dois d'adapter. Voilà comment est né Plan A/Plan Aidants". Selon elle, il est nécessaire que les aidants témoignent eux-mêmes de leur situation, fassent entendre leur réalité. «Mon parti pris est de montrer que cette situation peut être valorisée sous un angle positif. J’ai envie que les aidants partagent leurs “trucs et astuces” du quotidien, leurs ressources personnelles pour avancer et trouver, malgré tout, le moyen de prendre soin d’eux », assure Sigrid pour qui cette aventure lui procure une grande joie. «Je travaille avec mes tripes sur un sujet passionnant. Rassembler les gens et leur apporter des solutions concrètes me donnent l’envie d’avancer », conclut-elle. A sa façon, elle fait bouger les lignes, aux côtés des aidants.

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