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Qui connaît le concept d’habitat partagé ?

décembre 2, 2019
Article rédigé par  
Marina

Quand il n’y a pas de solution, la seule… solution, c’est d’en inventer une. Et certaines sont parfois innovantes. Par exemple, qui a entendu parler du concept de l’habitat partagé ? C’est pourtant un système qui existe déjà puisque c’est celui que propose “Familles Solidaires” une association créée en janvier 2017 dont le co-gérant n’est autre que Jean Ruch, co-auteur – avec la signataire de cet article – du livre Les Aidants familiaux pour les Nuls, paru aux éditions First, et lui-même aidant de sa femme Flavie.

Quand il s’agit de faire admettre dans un établissement spécialisé un proche en situation de dépendance, les places sont souvent très rares. Qui plus est, ces structures ne sont pas toujours adaptées au handicap de chacun. Bien sûr, dans l’idéal, chacun devrait pouvoir rester chez soi, conservant ainsi son univers et ses repères. Pourtant, cet idéal ne l’est que dans la théorie car il comporte pas mal de contraintes, ne serait-ce que pour assurer, quand on est absent, le quotidien de son proche avec les aides humaines appropriées, qui ne sont pas toujours disponibles et dont il faut aussi assurer la coordination. Non seulement, gérer tout cela à distance n’est pas facile et puis, n’ayons pas peur des mots, ça coûte cher !

Les personnes atteintes souvent d’un handicap sévère ont souvent peu de solutions pour continuer à vivre de façon autonome. Et même si l’entourage est souvent présent pour les aider, cette situation nécessite une grande énergie et risque de provoquer un repli de la famille sur elle-même par manque de compréhension avec le monde des “valides”.

À chacun sa chambre

Se situant entre les Ehpad et le maintien à domicile, il existe un autre système : la colocation avec d’autres personnes vivant la même situation, dans des logements réhabilités ou construits à cet effet, intégrés dans un quartier, regroupés sous le terme générique d’“habitat partagé”. Le principe : mutualiser l’aide humaine en regroupant le temps d’aide accordé à chacun pour permettre à tout le monde d’en bénéficier et pour une durée plus longue. Par exemple, des auxiliaires de vie sociale peuvent être recrutées avec un système de roulement, pour assurer une présence 24 heures sur 24. Il s’agit aussi de garantir un suivi médico-social spécialisé, tout en permettant de de vivre le plus normale possiblement.

Un habitat pensé et adapté aux besoins de chacun

Ainsi les locataires vivent presque comme tout le monde dans un environnement sécurisé.  Ils ont en commun la cuisine et le salon. Et chacun sa chambre, comme tout bon colocataire. Et chacun a signé son bail. Ces appartements et/ou maisons ont été adaptés à tous les types de handicap. Avec un maître mot : accessibilité !

Jean et Flavie

Le concept d’habitat partagé, ça a tout de suite parlé à Jean Ruch. Il a donc créé “Familles solidaires”. Les fonds qu’il récolte grâce à l’épargne solidaire financent la construction et ou la réhabilitation de logements aménagés sur mesure. Jean a aujourd’hui 43 ans. Son parcours d’aidant, il l’a commencé très jeune à la suite de l’accident de Flavie, l’élue de son cœur. Ils avaient 17 ans l’un et l’autre. S’il est resté avec elle, ce n’est pas par pitié mais par amour. Sans s’imaginer un instant ce que cela allait impliquer. Certes, Flavie s’en est sortie. Mais pas indemne. Elle souffre d’un traumatisme crânien dont les séquelles ne sont pas visibles. Elle est, comme on dit, une cérébrolésėe.  « Elle a un handicap mais qui ne se voit pas. C’est ce qui est le plus difficile à faire comprendre aux autres. Ils pensent qu’elle ment. C’est très dur ! » se désole-t-il.

Quand on parle avec lui, il ne laisse rien paraître des difficultés que son épouse endure chaque jour. Les problèmes d’orientation, l’oubli immédiat des choses à faire, la répétition des mêmes consignes ou explications liées à cet oubli... Flavie doit être donc accompagnée par des professionnels de l’aide à domicile pour tout ce qui touche au quotidien : les courses, le ménage, les démarches avec l’extérieur, les rendez-vous médicaux.... Rien n’est simple !  Et les heures allouées par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) ne suffisent pas. C’est à Jean qu’incombe la tâche de superviser la coordination de ces différents professionnels qui interviennent à leur domicile. « On s’imagine mal comment cela peut être chronophage, sans parler des imprévus… ceux qui ne viennent pas au dernier moment et ne préviennent pas », soupire Jean. D’autant que le couple a eu deux enfants.

En parallèle, il a jonglé pendant des années entre son travail dans l’audiovisuel pour le Conseil de l’Europe, comme intermittent du spectacle – « ce qui, par rapport au salariat, m’a apporté une relative souplesse pour gérer mon temps » –, et son investissement bénévole en tant que président de l’Association des familles de traumatisés crâniens d’Alsace (AFTC). Il sait, lui, ce que cela implique d’investissement, jour après jour, quand il faut ne compter que sur soi, (avec des forces qui s’amenuisent et le découragement qui guette quand on se trouve confronté à l’absence de réponses et de solutions adaptées. Alors, plutôt que de baisser les bras et de se laisser démoraliser, autant en inventer une !

Il a donc cogité. Longtemps ! En s’inspirant de l’Allemagne, un pays qui a deux longueurs d’avance en matière d’habitat partagé. D’autres familles de traumatisés crâniens étaient prêts à mettre de l’argent dans un pot commun afin de construire les logements de leurs rêves pour leurs proches.

Projets “made in” aidants

C’est ainsi qu’est née l’association “Familles Solidaires” et sa foncière d’épargne. Laquelle permet, grâce à l’argent révolté, de construire ces fameux logements. Le projet “K´hutte” est le premier projet de logements porté par “Familles Solidaires”, en coopération avec l’AFTC Alsace. Deux appartements destinés à des colocataires traumatisés crâniens ont ainsi vu le jour à Strasbourg. « Dans cet écosystème, le logement constitue un prolongement global des locataires : activités, vie quotidienne, santé, lien social... Ainsi, ils évoluent dans un environnement sécurisé et adapté », indique le site de “Familles Solidaires” dans l’un de ses articles qui décrit une journée type dans l’un de ces logements.

Depuis, le concept s’est élargi aux personnes âgées et aux handicapé(e)s. Ainsi, à Riedisheim (Haut-Rhin), des appartements ont été construits dans une résidence destinée aux seniors. Gérés par l’association “Apalib´”, ces logements offrent toutes les commodités nécessaires : commerces de proximité, activités, aides administratives, visites à domicile... Autre exemple, la colocation à Zillisheim (Haut-Rhin) destinée à huit personnes âgées désorientées ayant des troubles s’apparentant à la maladie d’Alzheimer et à d’autres maladies neuro-évolutives, avec perte d’autonomie, et qui ont besoins d’aides et de soins 24 heures sur 24.

Autre exemple, la colocation à Zillisheim (Haut-Rhin) destinée à huit personnes âgées désorientées ayant des troubles s’apparentant à la maladie d’Alzheimer et à d’autres maladies neuro-évolutives, avec perte d’autonomie, et qui ont besoins d’aides et de soins 24 heures sur 24. ernier projet en date, celui de Schleithal, un village niché au cœur du département du Bas-Rhin, les zones rurales étant les plus souvent oubliées, tout particulièrement en ce qui concerne les aidants et leurs aidés qui y résident. Le but : construire cinq appartements domotisés de 50 à 70 mètres carrés, avec une salle commune au rez-de-chaussée.

Fin 2018, “Familles Solidaires” a récompensé des familles d’aidants qui présentaient des idées d’habitats partagés, faisant suite à un appel de projets lancé quelques mois auparavant. L’association a choisi d’accompagner une vingtaine d’entre eux. Une façon de reprendre en main leur vie et celle de leur proche. Au lieu de la subir. Le dicton “on n’est jamais mieux servi que par soi-même” prend ici tout son sens. Alors let´s go!

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