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La dramaturge qui fait entendre la voix des jeunes aidants

août 28, 2019
Article rédigé par  
admin

Le Massacre du printemps, c’est le titre de la pièce de théâtre que Laure Grisinger, une dramaturge de 31 ans, a monté en s’inspirant de son vécu d’aidante.

Laure Grisinger fait partie d'une catégorie de gens dont personne ne parle jamais : les jeunes aidants. Ils accompagnent dans leur quotidien leurs parents malades et/ou handicapés, voire un frère ou une sœur, en les aidants à faire leur toilette ou le ménage, en leur faisant prendre leurs médicaments, en remplissant la paperasse administrative, en les emmenant, quand c’est nécessaire, chez le médecin ou à l'hôpital et parfois même en assistant à la consultation, en étant un soutien moral... 

Un quotidien lourd à gérer et qui concernerait près de 500 000 jeunes de moins de 18 ans en France, y compris des enfants de 7 ans aussi. Choquant ? Oui mais malheureusement bien réel !

Ce chiffre serait même sous-estimé, tant que les intéressés restent invisibles. Ce phénomène de société reste encore méconnu. Pourtant, il commence a émerger, notamment grâce au collectif Je t'aide

qui met tout en œuvre pour que ces enfants soient enfin pris en compte, accompagnés et soutenus. C'est pour faire entendre ces voix que la société ignore que Laure Grisinger a décidé d'être, à sa façon, leur “porte-voix”.

Soutien unique

Le 24 juin 2019, elle est venue évoquer son parcours durant le premier colloque sur les jeunes aidants organisé par l'association nationale Jeunes AiDants Ensemble (JADE) et le laboratoire de psychopathologie et processus de Santé de l’Université Paris Descartes :sa mère à qui l’on diagnostique un cancer des os (sarcome d'Edwing) alors qu’elles 19 ans et qu’elle poursuit ses études en khâgne. Un âge où la vie d'adulte démarre tout juste. De ce jour, c'est toute son existence qui bascule. Sans qu’elle s’en rende encore compte, elle plonge alors dans le quotidien d'une aidante, jeune de surcroît et devient le soutien pour sa mère et sa sœur alors âgée de 13 ans.

 Comme elle le dit sur le site Agevillage : « Quand on est adolescent [...], le problème c’est qu’on est bouffé par tous les obstacles qu’on rencontre en permanence ; du coup on n’a pas le temps d’être avec nos parents, et nos parents angoissent, ils deviennent plus malades, et on rajoute de la souffrance à la souffrance. »

 Elle évoque également les absurdités du système médical qui l'empêche d’accéder aux informations concernant l'évolution de la maladie de sa mère. Mais qui, par contre, la laisse se débrouiller seule quand il s'agit de faire manger la malade, d’organiser ses sorties, de gérer le quotidien. « Bizarrement, personne n'était là pour me soutenir, m'orienter, m'écouter... Je devais tout gérer seule et on laissait faire. Sans cette aide, je devais surtout parer au plus urgent ! » écrit-elle. Alors que le besoin est là, un besoin que personne ne semble voir. 

Laure insiste sur la nécessité d'aider et d'accompagner les jeunes concernés, leur permettre de croire en leurs capacités, de retrouver la joie mais surtout leur place, à un moment où la construction de leur identité est en devenir et reste très fragile. « Nous manquons de contours, de capacité à nous projeter dans l'avenir autrement, et aussi à avoir des projets rien que pour soi»?poursuit-elle.

Des monstres de résistance ?

Elle déplore des réactions vives et stigmatisantes de la part de certains professionnels qu'elle a rencontrés, dont des assistantes sociales et des médecins qui sont pour certain(e)s dans le jugement de sa situation plus que dans la compréhension : « Ce type de réactions, je les connais. C'est simple : je dérange. Ce qui est déstabilisant, c'est lorsque j'expose ma situation, je deviens une personne à problèmes. Je deviens le problème. Et il y a rien de pire ! J'ai donc pris l'habitude de tenir un discours qui entre dans le champ de l'acceptable et de l'“entendable” pour éviter ce sentiment d'incompréhension et de bizarrerie qu'on me renvoie de moi. »

Ce qui dérange? Cette conscience de la fragilité des êtres, un constitutif de notre condition : cette proximité de la vie face la mort. « À chaque mauvaise nouvelle, c'est comme si je partais en guerre, comme si je devais puiser en moi les ressources et les solutions pour la dépasser avec une capacité énorme d'adaptation. Je vis chaque événement avec intensité. Face aux épreuves, j'ai découvert mes propres peurs mais aussi ma puissance intérieure. C'est ma façon de résister pour ne pas les subir en les transcendant, ce qui est contraire aux normes actuelles qui normalisent cette stigmatisation », explique la jeune femme.

Elle nuance et insiste : les jeunes aidants (tout comme les adultes aidants) ne sont pas des monstres de résistance qui doivent tenir à tout prix. Ils ont aussi à découvrir leurs limites, sans culpabilité. Il s'agit pour eux de voir leurs forces, de révéler leurs capacités, leurs dons. En somme, de découvrir leurs propres valeurs et de trouver leur juste place dans ce vécu, même désordonné.

Sensibiliser les écoles 

Avec sa pièce Le Massacre du printemps, Laure Grisinger redonne du sens à cette absurdité. Elle raconte avec justesse cette traversée de l'intime, avec les sentiments ressentis de trouble et de solitude mais aussi de joie: « La voie artistique permet de faire sauter les verrous, de dépasser les jugements de valeur et les convenances sociales pour laisser aux enfants ce qu'ils ont à exprimer. »

Le pitch de la pièce ? Une femme ramasse les restes d’un anniversaire dans un jardin artificiel. Des brèches s’ouvrent et elle se retrouve face à elle-même adolescente au chevet de sa mère. Dans un univers blessé et coloré, six acteurs poussent à l’extrême des confrontations qui n’auraient jamais pu avoir lieu dans la réalité entre les membres des équipes médicales et la famille. 

La pièce est conçue comme  une manière de se relever, de reconquérir sa puissance, en partant du principe qu’être vulnérable n’est pas une faiblesse. Il met en avant l’urgence de changer nos façons de faire, pour remettre au centre de notre société le soin. Ce travail sur la mémoire sur la guérison, sur la maturité se renouvelle à chaque reprise du spectacle pour épouser le temps qui passe. 

A ce jour, la dramaturge souhaite faire tourner cette pièce de théâtre dans les établissements scolaires. Son but est clair : ouvrir le dialogue et entamer un travail de sensibilisation avec les professionnels des écoles  (chefs d'établissements, professeurs, infirmières...) afin de mettre en place, auprès des élèves aidants, un accompagnement et un suivi adaptés. Ce qui passe déjà par une prise de conscience générale, un nouveau regard porté sur les jeunes aidants afin de leur donner la possibilité de comprendre ce qui les dépasse et surtout d'être compris et soutenus humainement.

Extrait de la pièce:

« Je ne savais plus quel âge j’avais véritablement, je pouvais pleurer comme un enfant et à la fois relativiser comme un sage indien, tout en profitant de chaque instant comme une adolescente. »

Si son initiative vous intéresse, vous pouvez contacter Laure Grisinger
Par téléphone : 06 75 04 77 58
Par mail : lgrisinger@gmail.com

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