Jeunes aidants: ces enfants invisibles

Parmi les aidants, il existe une minorité dont la société ignore l'existence : les jeunes aidants. Jusqu'à présent, ils sont passés sous silence. Alors qu'ils recouvrent bien une réalité en prenant soin d'un membre de leur famille. Un documentaire retrace leur vécu et mettent en lumière les initiatives qui ont été conçus à leur intentions.

Pour eux, il n'existe pas de chiffres officiels. Mais on estimerait à 500 000 le nombre de jeunes aidants en France. Ils seraient âgés entre 8 ans et 25 ans. Ainsi, 13% d'entre eux auraient entre 13 et 16 ans et assumeraient des responsabilités au détriment de leurs études, voire les abandonneraient en cours de route. Le gouvernement, dans les mesures qu'il prendrait en faveur des aidants pour la période 2020-2022, souhaite mettre en place des actions pour mieux repérer ces jeunes et les épauler. Certains devraient voir leurs études aménagés dès la rentrée 2019.

Ça, ce sont les chiffres et les intentions. Mais ça se passe comment sur le terrain? Il existe des association comme Jeunes Aidants Ensemble (Jade) qui leur propose d'exprimer leur vécu, en dehors de leur cercle familial, grâce à des ateliers cinéma-répit, en contact d'autres jeunes vivant la même situation qu'eux. L'initiative est en train de faire des "petits" dans d'autres régions dont en Occitanie. En Europe, d'autres structures ont mis en place des actions tout aussi innovantes.

C'est le cas de la Belgique et de la Suisse. Pour mieux comprendre ce que vivent ces jeunes et voir les (rares) initiatives qui existent pour eux, visionnez ce documentaire très instructif réalisé par Catherine Harnois et Jacques Meaudre. Ce film vaut toutes les explications !

Le "congé aidant" est-il suffisant ?

C'est une nouveauté et pas des moindres : le congé aidant de trois mois sera indemnisé pour les aidants salariés qui souhaitent en bénéficier pour être davantage présents auprès  de leurs proches. Mais ce dispositif est-il en mesure de répondre à tous les besoins ?

Ce sont des petites avancées qui, mine de rien, changent tout. Jusqu'à présent, il était possible de prendre le "congé aidant" de manière fractionnée ou en trois mois d'un seul coup. C'était salutaire pour aider son proche en situation de dépendance, surtout lorsque vous-même vous travaillez. En revanche, il n'était pas rémunéré. Donc, il était rarement pris. Et encore, peu d'aidants salariés savaient qu'il existait. Trois mois sans salaire, à part d'avoir réussi à constituer un matelas financier conséquent est, pour quiconque, impensable.

Depuis, une prise de conscience générale est en train d'émerger sur la nécessité de prendre en compte, et surtout d'entendre les besoins des aidants, dont le désir de consacrer du temps pour son proche, en étant rémunéré pour cela.

De 43 à 52 euros

Pour la période 2020 à 2022, l'Etat va débloquer une enveloppe de 400 millions d'euros, entre autres pour financer l'indemnisation de ce congé. Le but : permettre aux aidants de concilier la vie personnelle et vie professionnelle.

Concrètement, ce congé sera indemnisé à hauteur de 43 euros par jour pour une personne en couple et 52 euros pour une personne vivant seule. En terme de durée, il pourra toujours être fractionné en jours ou semaine selon les besoins ou bien bien être pris en une seule fois, soit trois mois. La mesure entrera en vigueur en octobre 2020 et coûtera 100 millions d'euros par (en année pleine). Ce qui ouvrirait des droit à la retraite dès la première année. Elle concernerait 270 000 aidants salariés, sachant que 61% des aidants sont actifs et que ce nombre va augmenter au fil des années. Quelles seraient les conditions et la manière concrètes pour y avoir accès? Personne ne le sait encore précisément.

En majorité, ce sont les femmes qui, dans un couple, mettent leur vie professionnelle entre parenthèse.

Une précarité réelle

Ce congé arrive à point, mais reste insuffisant. Le plus souvent, les aidants accompagnent leur proche sur du long terme. Car la maladie ou le handicap dure souvent plus que trois mois. Dans la majorité des cas, la situation se prolonge et ne semble ne pas avoir de fin, voire s'aggrave. Et les autres qui ne travaillent pas, contraints de s'arrêter pour s'occuper de leurs proches ? Ce sont les grands oubliés : ils constituent l'autre moitié des 11 millions d'aidants concernés.

Sur le principe, ils n'y auraient pas droit puisqu'ils ne sont plus en activité. Et ils sont nombreux ! C'est le cas, notamment, des parents d'enfants malades et/ou handicapés qui demandent une plus grande disponibilité, et une attention de tous les instants. En majorité, ce sont les femmes qui, dans un couple, mettent leur vie professionnelle entre parenthèse. Parce qu'elles n'ont pas trop choix et que cela semble la solution la plus simple, plus "sage" pour faire face aux obligations du quotidien. Résultat, elles risquent de se marginaliser et de connaître, à l'avenir, une précarité réelle. D'autant plus que ces personnes ne cotisent pas à la retraite.

Besoin d'accompagnement et de soutien

Certes, cette mesure est un bon début. Toutefois, il est important de souligner, qu'au-delà des mesurettes, les aidants ont besoin d'être accompagnés sur du long terme, d'être efficacement orientés, d'obtenir les bonnes informations et avoir en face les bons interlocuteurs capables de les conseiller et de les soutenir. Etre aidant est un parcours de combattant, cette tour de contrôle qui ne lâche jamais sa vigilance. Cependant, être sur tous les fronts à la fois, à devoir c'est l'épuisement général qui guette.

Les aidants ont besoin de travailler pour s'assumer économiquement, continuer à avoir une vie sociale... trois mois, c'est bien. Mais ils ont besoin de bien plus !