Tilia : l'art de soulager les aidants au quotidien

Tilia est une application conçue spécialement pour les aidants. Elle les conseille dans la recherche de prestataires de services qualifiés, les soulage dans la prise de rendez-vous pour eux et pour leurs proches et les accompagne dans leurs démarches administratives.

Un aidant familial a souvent la tête ailleurs. Même quand il travaille. Car il doit gérer les mille et un détails du quotidien du proche qu’il aide. Difficile pour lui de déposer ses préoccupations à la porte de l’entreprise, faire comme si de rien n’était et les récupérer en sortant. Ce serait, certes, idéal… Malheureusement, dans les faits, cela ne se passe pas ainsi. Avec les imprévus qui s’accumulent tout au long de la journée, forcément, il a l’esprit constamment occupé. Surtout quand il s’agit de la logistique quotidienne mise en place pour son proche aidé : auxiliaires de vie, rendez-vous médicaux, gestion administrative… Une vigilance permanente qui fait penser à une tour de contrôle. Mais qui, à la longue, l’use et l’empêche de se consacrer entièrement à son travail.

Christine Lamidel en sait quelque chose, pour avoir assisté jusqu’à la fin de vie sa grand-mère en perte d’autonomie. Elle est entrée de plain-pied dans le monde des aidants sans s’en rendre compte avant d’avoir la sensation d’être une tête pensante sur pattes. « Cela a été un choc ! » dit-elle. Un choc de devoir tout gérer, de perdre son temps à chercher les bonnes informations – longues à trouver –, les bons interlocuteurs (infirmières, aide à domiciles…), de les appeler, de coordonner leurs interventions, de s’assurer de leur venue, de s’occuper aussi de la prise de médicaments...

Ce qui représentait près de 60 heures par mois. « Je secondais mes parents comme je pouvais. Et ceci, tout en étant travaillant ! C’était très chronophage et anxiogène », poursuit-elle. Un casse-tête et un parcours du combattant qui l’a amenée à réfléchir.  Ne trouvant rien qui pouvait la soulager de toutes ces tâches, . elle a décidé de fabriquer sa propose solution.

Arbre symbolique

Salariée du Groupe BNP Paribas, elle se lance dans l’intrapreneuriat pour développer son projet. Elle crée Tilia en 2018, un service qui a pour ambition de soutenir les aidants familiaux dont un proche est fragilisé (handicap, maladie, accident de la vie, grand-âge). « Riche de mon expérience personnelle en tant qu'aidante, ainsi que de celle de l’équipe qui m’entoure, j’ai décidé de partager avec le plus grand nombre nos connaissances du monde des aidants en développant Tilia », explique-t-elle. Une solution qui mixte une application mobile avec l’accès à un assistant personnel, bien humain, lui, et joignable 24 heures sur 24, et 7 jours sur 7, par téléphone, par mail ou par tchat. « Il s’agit de conseiller l’aidant, pour l’orienter, d’être pour lui un appui sur le plan logistique, de chercher les bonnes informations et les bons interlocuteurs prêts à intervenir, de s’occuper de la mise en relation, des devis, de commander un billet de train pour rejoindre son proche qui se trouve à l’hôpital, de trouver des solutions d’hébergement provisoire pour trouver du répit… », explique Christine Lamidel, désormais directrice générale-fondatrice de Tilia / Intrapreneure @BNP Paribas Personal Finance. Mais pas que… Il s’agit aussi et surtout d’apporter un gain de temps et de  soulager l’aidant au quotidien.

Une question : pourquoi avoir choisi ce nom, Tilia ? Comme l’indique le site qui présente l’application, « Tilia vient du latin et désigne le tilleul. Cet arbre est reconnu pour ses bienfaits sur le sommeil, le stress et l'angoisse. Il est aussi l'image que l'on peut se faire d'un arbre généalogique représentant ainsi les racines d'une famille et les liens entre ses membres ».

 

Un filon économique ?

Sur l’application, l’aidant trouve un agenda qui lui indique en temps réel les interventions qu’il peut partager avec d’autres. Il peut faire bénéficier de ce service jusqu’à trois personnes de confiance de l’entourage du proche fragilisé, et accéder à des informations « ressources » comme les aides accessibles, grâce à simulateur d’aides sociales et financières, des fiches pratiques, un guide des aidants… « Nous sommes dans une adaptation constante de notre outil grâce aux retours de ceux et elles qui l’utilisent. L’application est perfectible et nous faisons en sorte de répondre vraiment aux besoins de nos utilisateurs. Il y a même des aidés qui souscrivent à notre service afin d’assurer eux-mêmes leur propre niveau d’autonomie sans avoir à solliciter leurs proches… » souligne-t-elle. Mais avant d’être épaulé par les assistants personnels, l’aidant peut s’entretenir avec un conseiller social pour faire un diagnostic personnalisé de sa situation afin de mieux cerner ses besoins.

Naturellement, comme pour tout projet, surtout quand il est utile, il y a toujours des grognons pour contester. Comme, par exemple, ceux qui ne voient dans cet investissement qu’un pur filon économique grâce à un marché considéré comme porteur en raison du vieillissement de la population. Inutile de préciser qu’ils se trompent lourdement. « C’est une démarche pas toujours évidente à défendre sans avoir à se justifier, car certains nous reprochent d’être adossés à un groupe bancaire qui nous donne les moyens nécessaires au développement de ce projet. Qui n’a pas besoin de ressources pour faire avancer ses idées ? Même les associations doivent en passer par là, obligées de courir après les subventions qui dépendent du bon vouloir des instances publiques. Les détracteurs ne se rendent pas compte que cette démarche contribue concrètement au quotidien des aidants. » Surtout ceux qui sont salariés et qui jonglent entre vie professionnelle, vie privée et leur rôle d’aidant. Un vrai jeu d’équilibriste difficile à tenir.

Des problèmes, des solutions…

« L’enjeu est important, tant sociétal qu’économique. Dans chaque société, c’est 20 % de salariés qui prennent au moins en charge un proche fragilisé. C’est donc un vrai sujet qui crée des problèmes de productivité et d’absentéisme. La conciliation vie professionnelle-vie personnelle est extrêmement compliquée pour eux. Le but, maintenant, est de généraliser cette prise de conscience », dit-elle. Une prise de conscience qui s’est accentuée pendant la période de confinement durant laquelle les aidants ont été livrés à eux-mêmes alors qu’ils avaient “bricolé” un semblant d’équilibre. Avec le confinement, tout est tombé à l’eau.

Christine Lamidel a choisi de s’impliquer à sa manière avec son équipe, en proposant gratuitement le service Tilia aux non-abonnés. « Lors de l’annonce du confinement, nous avons eu plusieurs appels de personnes déboussolées qui se sentaient démunies. Beaucoup de professionnels les avaient lâchés, par peur d’être contaminés. Nos assistants personnels se sont montrés très réactifs pour trouver des solutions de contournement », dit-elle. La phase 2 de la crise a permis de mettre en place des informations pratiques, comme le simulateur d’aides… « Les gens étaient en quête d’informations », poursuit-elle. Enfin, la phase 3, celle du déconfinement, est arrivée. Quinze jours avant le 11 mai, la demande se portait sur la réorganisation du quotidien. « C’est là que nous voyons l’utilité réelle de notre action ». Tilia s’adresse aussi bien aux entreprises qui souhaiteraient apporter ce service à leurs collaborateurs qu’aux particuliers. Pour ces derniers, ce service est accessible au prix de 28,50 euros, à tester gratuitement le premier mois. Juste comme ça, pour voir à quoi cela peut ressembler d’avoir l’esprit plus léger !

Pour en savoir plus :
https://info.tilia-aidants.fr/
01 46 39 29 54 (appel gratuit)
contacts.tilia@bnpparibas.com

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Jeunes aidants: ces enfants invisibles

Parmi les aidants, il existe une minorité dont la société ignore l'existence : les jeunes aidants. Jusqu'à présent, ils sont passés sous silence. Alors qu'ils recouvrent bien une réalité en prenant soin d'un membre de leur famille. Un documentaire retrace leur vécu et mettent en lumière les initiatives qui ont été conçus à leur intentions.

Pour eux, il n'existe pas de chiffres officiels. Mais on estimerait à 500 000 le nombre de jeunes aidants en France. Ils seraient âgés entre 8 ans et 25 ans. Ainsi, 13% d'entre eux auraient entre 13 et 16 ans et assumeraient des responsabilités au détriment de leurs études, voire les abandonneraient en cours de route. Le gouvernement, dans les mesures qu'il prendrait en faveur des aidants pour la période 2020-2022, souhaite mettre en place des actions pour mieux repérer ces jeunes et les épauler. Certains devraient voir leurs études aménagés dès la rentrée 2019.

Ça, ce sont les chiffres et les intentions. Mais ça se passe comment sur le terrain? Il existe des association comme Jeunes Aidants Ensemble (Jade) qui leur propose d'exprimer leur vécu, en dehors de leur cercle familial, grâce à des ateliers cinéma-répit, en contact d'autres jeunes vivant la même situation qu'eux. L'initiative est en train de faire des "petits" dans d'autres régions dont en Occitanie. En Europe, d'autres structures ont mis en place des actions tout aussi innovantes.

C'est le cas de la Belgique et de la Suisse. Pour mieux comprendre ce que vivent ces jeunes et voir les (rares) initiatives qui existent pour eux, visionnez ce documentaire très instructif réalisé par Catherine Harnois et Jacques Meaudre. Ce film vaut toutes les explications !

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Le "congé aidant" est-il suffisant ?

C'est une nouveauté et pas des moindres : le congé aidant de trois mois sera indemnisé pour les aidants salariés qui souhaitent en bénéficier pour être davantage présents auprès  de leurs proches. Mais ce dispositif est-il en mesure de répondre à tous les besoins ?

Ce sont des petites avancées qui, mine de rien, changent tout. Jusqu'à présent, il était possible de prendre le "congé aidant" de manière fractionnée ou en trois mois d'un seul coup. C'était salutaire pour aider son proche en situation de dépendance, surtout lorsque vous-même vous travaillez. En revanche, il n'était pas rémunéré. Donc, il était rarement pris. Et encore, peu d'aidants salariés savaient qu'il existait. Trois mois sans salaire, à part d'avoir réussi à constituer un matelas financier conséquent est, pour quiconque, impensable.

Depuis, une prise de conscience générale est en train d'émerger sur la nécessité de prendre en compte, et surtout d'entendre les besoins des aidants, dont le désir de consacrer du temps pour son proche, en étant rémunéré pour cela.

De 43 à 52 euros

Pour la période 2020 à 2022, l'Etat va débloquer une enveloppe de 400 millions d'euros, entre autres pour financer l'indemnisation de ce congé. Le but : permettre aux aidants de concilier la vie personnelle et vie professionnelle.

Concrètement, ce congé sera indemnisé à hauteur de 43 euros par jour pour une personne en couple et 52 euros pour une personne vivant seule. En terme de durée, il pourra toujours être fractionné en jours ou semaine selon les besoins ou bien bien être pris en une seule fois, soit trois mois. La mesure entrera en vigueur en octobre 2020 et coûtera 100 millions d'euros par (en année pleine). Ce qui ouvrirait des droit à la retraite dès la première année. Elle concernerait 270 000 aidants salariés, sachant que 61% des aidants sont actifs et que ce nombre va augmenter au fil des années. Quelles seraient les conditions et la manière concrètes pour y avoir accès? Personne ne le sait encore précisément.

En majorité, ce sont les femmes qui, dans un couple, mettent leur vie professionnelle entre parenthèse.

Une précarité réelle

Ce congé arrive à point, mais reste insuffisant. Le plus souvent, les aidants accompagnent leur proche sur du long terme. Car la maladie ou le handicap dure souvent plus que trois mois. Dans la majorité des cas, la situation se prolonge et ne semble ne pas avoir de fin, voire s'aggrave. Et les autres qui ne travaillent pas, contraints de s'arrêter pour s'occuper de leurs proches ? Ce sont les grands oubliés : ils constituent l'autre moitié des 11 millions d'aidants concernés.

Sur le principe, ils n'y auraient pas droit puisqu'ils ne sont plus en activité. Et ils sont nombreux ! C'est le cas, notamment, des parents d'enfants malades et/ou handicapés qui demandent une plus grande disponibilité, et une attention de tous les instants. En majorité, ce sont les femmes qui, dans un couple, mettent leur vie professionnelle entre parenthèse. Parce qu'elles n'ont pas trop choix et que cela semble la solution la plus simple, plus "sage" pour faire face aux obligations du quotidien. Résultat, elles risquent de se marginaliser et de connaître, à l'avenir, une précarité réelle. D'autant plus que ces personnes ne cotisent pas à la retraite.

Besoin d'accompagnement et de soutien

Certes, cette mesure est un bon début. Toutefois, il est important de souligner, qu'au-delà des mesurettes, les aidants ont besoin d'être accompagnés sur du long terme, d'être efficacement orientés, d'obtenir les bonnes informations et avoir en face les bons interlocuteurs capables de les conseiller et de les soutenir. Etre aidant est un parcours de combattant, cette tour de contrôle qui ne lâche jamais sa vigilance. Cependant, être sur tous les fronts à la fois, à devoir c'est l'épuisement général qui guette.

Les aidants ont besoin de travailler pour s'assumer économiquement, continuer à avoir une vie sociale... trois mois, c'est bien. Mais ils ont besoin de bien plus !

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